Biographie :

Avant de parler musique, parlons esprit. Celui de Twin Twin était dans l’air bien avant que le trio ne décide de canaliser son effervescence créatrice sur un projet classique d’album. Il existait même avant que Lorent et François, les jumeaux de l’affaire, ne formalise il y a trois ans en compagnie d’un troisième larron, Patrick, cette foire sonore euphorique qui irradie aujourd’hui les onze tornades énergisantes de « Vive la Vie ». On peut même avancer que l’esprit frappeur et frondeur de Twin Twin s’est emparé de Lorent et François dès l’enfance, lorsqu’à la découverte des nuances et subtilités sociales depuis leur poste d’observation périphérique (Montreuil) est venue s’ajouter celle d’une culture, le hip-hop, qu’ils embrasseront avec la ferveur des premières amours. Le hip-hop ne tarde d’ailleurs pas à leur présenter ses aïeuls : la Zulu Nation des pionniers New Yorkais pour laquelle ils flashent et qui leur laissera un goût des sapes et des beats qui mitraillent. Le P.Funk de George Clinton et son groove cosmique à réveiller les morts, puis la flamme originelle allumée par les Last Poets pour le versant plus politique et militant de cette grande famille à laquelle ils rêvent d’appartenir.

Dans leur véritable famille, un autre aïeul a cependant tout autant marqué leur enfance. Leur grand-père, Robert Ardouvin, a créé en 1946 une association pour venir en aide aux enfants en souffrance du Paris de l’après-guerre. Un projet pédagogique qui prend corps à Montreuil et se délocalise ensuite dans le Village de Vercheny, dans la Drôme, où sa mission d’éducation laïque et humaniste se poursuit encore aujourd’hui. C’est dans ces lieux que leur mère, arrivée d’Algérie, rencontrera leur père, et c’est ici également que des années plus tard ils passeront le plus clair de leurs vacances, affûtant déjà au contact des autres enfants leur goût des échanges culturels et des projets multipistes. Plus tard, s’ils s’orientent d’abord vers le cinéma – ils réaliseront un court-métrage chez Why Not Productions -, la musique n’est jamais loin. François se partage entre les plateaux de tournage, où il est assistant-réalisateur, et diverses formations allant du funk au hard-rock, où il joue de la basse.

Lorent s’essaye au Slam et à différentes formes d’écritures qui le conduiront à publier un premier roman, « Un Nageur en plein Ciel », dans la prestigieuse collection Rivages/Noir en 2010. Mais c’est leur rencontre avec un jazzman de 71 ans, le saxophoniste free François Jeanneau, qui va provoquer par effet domino la naissance de Twin Twin.

Travaillant autour d’improvisations entre jazz et hip-hop aux côtés du vénérable souffleur septuagénaire, le duo se met en quête de trouver un beatboxer, et c’est à ce moment-là que débarque Patrick, qui a déjà accompagné en virtuose rythmicien buccal des artistes aussi divers que Hindi Zahra ou Daby Touré. Ils commencent par partager une collocation qui évolue vite en cellule de création dont Twin Twin est la marque étendard. Remarqué très tôt pour son panache fluorescent qui imprègne autant ses premiers maxis que son stylisme extravagant, Twin Twin écume à la fois les petites scènes de la capitale et les hauts lieux de la mode et des arts vivants (de la Vogue Fashion Night Out 2012, au Brunch Bazar du Palais de Tokyo en passant par la galerie Agnès B.). Il stimule également la créativité sur son passage (les stylistes Maroussia Rebecq de Andrea Crews ou Olivier Mulin de Paul & Joe s’amusent de leur personnages façon cartoon Zulu) et séduit à la fois Les Inrockuptibles, le Printemps de Bourges et les Francofolies de La Rochelle. L’optimisme contagieux qu’ils dispersent et la singularité multiforme de leur démarche (ils considèrent la musique comme le noyau atomique de la nébuleuse Twin Twin) leur ouvrira également les portes inattendues du forum Osons La France de Aude de Thuin, lieu annuel de réflexions et de propositions pour faire bouger les lignes et inventer un avenir en temps de crise.

Vive la vie, leur premier album, se présente d’ailleurs comme un remède idéal à la sinistrose ambiante. Et s’il est l’illustration parfaite de l’esprit YOLO (You Only Live Once) de la génération Go Fast, celle qui préfère vivre à fond que céder aux sirènes lancinantes des marchands de doutes, c’est aussi parce qu’il est né en réaction à une fracture intime. La disparition de leur mère a en effet poussé Lorent et François à entraîner Twin Twin un peu plus encore vers l’euphorie et la danse, comme une conjuration en ondes positives des sentiments mélancoliques laissés par le deuil. Aidés dans leur transformation par le duo de producteurs Ben (Benjamin Constant) et Ninja (Christian Lieu), Twin Twin est parvenu à faire de Vive la vie l’objet Pop 2.0 qui transfuse la variété de leurs influences – électro, rock, rap, funk ou chanson – en carburant survitaminé d’un moteur redoutable, au service d’une irrésistible machine à hits. Ce n’est pas au hasard si le trio cite pour modèles Téléphone, Bérurier Noir et NTM, trois groupes qui, à des époques différentes, ont su bousculer le paysage de la musique en France. Avec leurs mélodies montées sur ressorts, leur goût pour les carambolages sonores et les conjugaisons percutantes, leur sens du gimmick et la vivacité de leurs textes en prises avec le réel de 2013, y compris sous son angle le plus ludique (Phone Call, Go Fast), ils pourraient à leur tour laisser une trace durable. Même s’ils insistent sur le fait que ce premier album n’est qu’un flash du moment où il a été enregistré, une photo nécessairement réductrice du fourmillement d’idées qui les agite en permanence, « Vive la Vie » est bel et bien ce manifeste fun et futé, ce « feel good record » dont on avait, ici et maintenant, expressément besoin.